En bref

Alexa est un roman où le réel se fissure au contact du mythologique. Au creux d’une vallée isolée, entre forêts, rochers et eaux froides, une présence ancienne se réveille et oblige les vivants à se confronter à ce qu’ils préféraient oublier : la façon dont ils habitent le monde.

Tout commence par une fuite déguisée en randonnée. On vient pour prendre l’air, se reposer, changer d’horizon. Mais dans ces paysages qui semblent d’abord n’être qu’une carte postale de montagne, quelque chose veille. Alexa, figure insaisissable, nymphe, esprit du lieu, ou simple projection des consciences qui vacillent, devient le point de rencontre entre la nature, les mythes anciens et les fêlures des humains qui s’y égarent.

Le roman mélange le concret des sentiers, du froid, des pierres et des torrents avec une dimension plus secrète : celle des voix enfouies, des légendes qu’on ne raconte plus, des forces qu’on préfère qualifier d’imaginaires parce que c’est plus rassurant. Les personnages ne croisent pas seulement un paysage, ils se retrouvent face à ce qu’ils traînent depuis longtemps, sans l’avoir nommé.

Alexa s’adresse aux lectrices et lecteurs qui aiment quand la montagne n’est pas qu’un décor, quand la nature a un rôle à part entière, et quand le fantastique ne surgit pas comme un effet de manche, mais comme une évidence troublante : et si ce que nous appelons légendes continuait à vivre sans nous attendre ?

Personnages

Ils ne viennent pas du même monde. Mais chacun, à sa manière, porte une brèche. Dans la vallée sacrée, ces brèches deviennent des passages.

Alexa

Elle est la nymphe émergente, le surgissement renouvelé d’un ancien monde. Alexa vient balayer les vieilles croyances par nécessité. Quelque chose dans la nature est en péril, et elle est l’urgence qui prend forme. Alexa du mythe est appelée à défendre la vallée et ses sources jaillies de la roche, quand celle du présent s’inscrit dans un monde qui vacille. L’une habite l’autre, l’une agit à travers l’autre, comme un double enfoui. Avec Alexa, plus rien ne tient en place, ni le monde, ni ce que l’on croyait immuable.

Gaston & Jessie

Ils forment un couple d’aujourd’hui. Ils se cherchent sans se promettre, avancent côte à côte sans prétention, on verra. Chacun garde sa vie, ses habitudes, ses échappées, rave, Toulouse, bar associatif, des rencontres plus que des fondations. Ils ne fuient rien, ne poursuivent rien, simplement le besoin de respirer, il faut bien que la jeunesse se fasse. Mais un jour, ces chemins parallèles se nouent dans une même histoire, plus vaste qu’eux, et l’heure n’est plus à la rigolade. À partir du moment où ils croisent Colin et Alexa, ils deviennent, malgré eux, un couple confronté à ce que le monde exige, et à ce que l’amour, peut-être, ne suffit pas toujours à contenir.

Sophie

Elle tient un bar associatif à Toulouse, mais ce qu’elle entretient vraiment, c’est un espace où la jeunesse peut se chercher, se raconter, se construire. Sophie est une femme d’élan, ouverte, confiante, qui croit que les rencontres peuvent réparer ce que le monde fissure. Elle a la certitude qu’un lieu partagé vaut mieux que l’errance solitaire, et son bar est ce refuge fragile où toutes les trajectoires trouvent un point d’appui. Elle observe sans juger, écoute sans retenir, relance sans imposer, comme si sa force tenait dans cette capacité à laisser les autres devenir eux-mêmes. Quand Colin fait irruption et menace cet équilibre précaire, Sophie se retrouve face à la question qu’elle repoussait toujours : comment continuer à croire en l’autre quand l’autre dévaste, et où puiser la force pour tenir quand le chaos profite d’une porte ouverte.

Le Tailleur de Pierre

Il travaille la roche comme d’autres écriraient un récit, dans un geste lent, patient, précis, où chaque éclat compte. Sarrancolin, Sidobre, granit, marbre, pour lui la pierre ne ment jamais, elle garde tout, elle se souvient. Il sait que la montagne n’est pas un décor mais une mémoire, un corps qui écoute et répond à sa manière. Conscience géologique, sensible à ce qui vibre sous la surface, il observe, ressent, interprète le langage des profondeurs. Lorsque l’histoire se met en mouvement autour de la vallée, il comprend sans le formuler que rien de ce qui s’engage n’est anodin, et que certains bouleversements se lisent d’abord dans la pierre, bien avant de se lire dans le monde des hommes.

Colin

Il est cette présence que l’on préférerait ne jamais croiser, visible pourtant, toujours là où personne ne veut regarder. Colin avance dans le monde comme on force une porte, frontal, nerveux, sans égard pour les détours ou les politesses. Il ne croit rien, ni aux mythes, ni aux présences, ni aux légendes, il ne fait confiance qu’à ce qu’il peut toucher, casser, posséder. Sa force tient dans sa capacité à s’insinuer dans les failles, sociales, humaines, intimes, comme si le chaos trouvait en lui un passage naturel. Imprévisible, actif, il déstabilise, entache, expose ce que chacun voudrait dissimuler sous des façades immaculées. Il agit comme une eau corrosive, rongeant les aspérités, dissolvant les certitudes, jusqu’à ébranler ce que l’on croyait inébranlable.

Coulisses

L’origine

Alexa est née d’un moment où le monde semblait basculer, entre urgence climatique, mutation technologique et une jeunesse sommée de tout réinventer sans mode d’emploi. On parlait d’avenir comme d’un terrain miné, de projets comme d’hypothèses fragiles, et l’on sentait monter ce trouble, cette pression silencieuse qui pousse une génération à revoir la copie, à casser les habitudes héritées des révolutions industrielles. Rien n’était stable, ni les certitudes politiques, ni les usages sociaux, ni même les saisons. Et au milieu de ces inquiétudes, il y avait la vie réelle, les rencontres, les injustices, les fêtes, les raves, les excès, les dangers que la société regarde à moitié, espérant que la jeunesse s’en débrouillera. C’est dans ce climat mouvant qu’un message anodin, deux photos d’un périple en Aveyron, a tout déclenché. J’ai fermé le tiroir d’un autre récit, et j’ai commencé celui-ci. D’abord une simple histoire de jeunes d’aujourd’hui, puis peu à peu quelque chose de plus profond, comme si le mythe venait éclairer le présent : une figure capable de résister au chaos, non par la force, mais par la capacité à tenir debout quand tout vacille. C’est ainsi qu’Alexa est apparue, au croisement d’un monde inquiet et d’un besoin urgent de croire qu’un changement reste possible.

Pourquoi la mythologie grecque

La mythologie grecque n’est pas entrée dans ce récit comme un ornement, mais comme une évidence. Ces récits anciens traversent les siècles, portés par une humanité qui se reconnaît encore dans leurs peurs, leurs élans, leurs vertiges. Ils nous rappellent que les questions d’aujourd’hui, changement, violence, destin, transformation, ne datent pas d’hier. Les Grecs ont inventé un langage pour dire l’invisible, un théâtre pour faire tenir ensemble le chaos et le sens, des figures pour affronter ce qui dépasse l’homme. Face à un tel héritage, impossible de le laisser sous la poussière. Leur imaginaire reste un outil puissant, une façon d’éclairer le présent sans l’expliquer, de relier un monde en mutation à quelque chose de plus ancien que nos crises. Introduire Alexa dans cette lignée, ce n’était pas convoquer un passé figé, mais sentir que le mythe peut encore respirer, résonner, se réinventer. Comme si, au cœur d’un temps inquiet, la mythologie grecque offrait un pont, un regard, une profondeur que le seul réel ne suffisait plus à contenir.

La montagne comme personnage

La nature d’abord se contemple, et de cette contemplation naît la poésie. Depuis Théocrite jusqu’à Virgile, puis dans la peinture, la photographie, les paysages nous parlent comme un langage premier, antérieur même à nos mots. La montagne, elle, porte cette énigme à son sommet. Monde sans le nôtre, indomptable, minéral, traversé d’érosion, de torrents et de silences, elle exige de celui qui s’y aventure une connaissance de soi autant que du terrain. S’y rendre, c’est prendre un risque, et ce risque ouvre une vie intérieure que la plaine ignore. Là-haut, l’homme redevient minuscule, attentif, lié aux autres et au vivant. Et pourtant, cette masse abrupte est aussi une source, un ventre d’eau, l’élément sans lequel rien ne naît. La montagne ne se contente pas d’être un décor, elle façonne, éprouve, nourrit. Elle observe sans répondre, mais influence tout ce qui s’y joue. Par cette force muette, indispensable et imprévisible, elle devient, dans l’histoire, un personnage à part entière.

Colin, le chaos contemporain

Dans un monde où l’on croit que tout progresse, se développe, se construit, Colin voit autre chose. Pour lui, chaque mur n’est pas un obstacle à franchir mais une preuve que tout finit par se fissurer. Il a compris très tôt que la matière est la loi du réel, et que la matière la plus accessible, la plus malléable, c’est l’être humain. Plutôt que de bâtir, il teste, sonde, contourne, pour voir jusqu’où les corps, les regards, les certitudes peuvent se briser. On l’a déclaré inutile avant qu’il puisse se définir lui-même, et il s’est forgé une seule règle : détruire ce qui détruit. Il ne croit ni aux valeurs, ni aux récits, ni à la dignité, seulement à l’usure, au choc, à la poussière qui reste quand tout s’effondre. Le monde construit, lui déconstruit. Là où la société cherche du sens, il ne voit que des mensonges qui finissent en larmes. Colin est cette vision radicale du présent, où l’autre n’est plus un visage mais une matière, où la destruction devient une manière d’exister, et où le chaos n’est pas un accident, mais une logique.

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